Humeur

Adieu insouciance

Avec tout ça j’en ai presque oublié que c’était l’anniversaire de mon blog aujourd’hui. Il est tard quand j’essaye d’aligner ces quelques mots. Je ne dors pas très bien en ce moment. Même la Mélatonine n’y fait rien. Je suis hypnotisée par les écrans, sonnée par les images, concentrée sur ma TL. T’inquiète, je ne vais pas trop te déranger avec mes sentiments, tu as sans doute les mêmes que moi et tu as déjà lu des dizaine de témoignages similaires.

L’anniversaire de mon blog et le mien me sont passés devant comme si de rien n’était. Pour moi c’était samedi alors franchement j’avais d’autres chats à fouetter que cette putain de bougie supplémentaire.

J’ai passé la nuit de vendredi à suivre les événements, jusqu’à trois heures du matin environ. Alors que pour Charlie j’avais ressenti le besoin irrépressible de me rassembler, de retrouver les amis et des inconnus, cette fois ce n’est pas la même chose. Je n’ai pas eu ce besoin. Un rassemblement a eu lieu à Trafalgar square mais je n’ai pas eu envie d’y aller. Je ne sais pas pourquoi. Je ne me l’explique pas. Pourtant je suis profondément touchée, abasourdie. Je me mets à pleurer dès que j’entends quelques notes de musique. Je ne sais pas trop bien formuler pourquoi je réagis différemment de Charlie. Il n’y a peut-être pas de mots assez forts ou bien je ne sais pas comment m’y prendre.

Caroline a dit exactement ce que je ressens. Tu connais le blog de Caroline ? Si tu ne connais pas, je te recommande d’aller y puiser ta petite dose quotidienne.

« Est-ce que j’ai épuisé mes réserves ? Est-ce que la douleur éprouvée il y a quelques mois se réveille trop brutalement pour pouvoir être exprimée ? Est-ce que le simple fait d’en parler me semble indécent tant je me considère cette fois-ci encore particulièrement épargnée ? »

Voilà c’est ça, comme un deuxième coup de massue je n’ai pas trouvé l’envie de partager la douleur avec les gens de Trafalgar. Je me suis terrée toute la journée dans mon chez moi. Safe.

Heureusement les premières vannes ont commencer à fuser sur Twitter en début d’après midi samedi. Ca faisait du bien, un petit exutoire. Chaque éclat de rire comme un bon gros bras d’honneur à ces fils de pute.

Alors voilà, mon blog a 11 ans aujourd’hui. J’étais enceinte de 4 mois lorsque j’ai posté mon premier billet bloguesque. Aujourd’hui ma petite Moulinette a 10 ans et je me demande dans quel monde elle va grandir. Comment lui expliquer les raisons de ce carnage ? Non mais vraiment, comment lui dire quand nous même nous ne sommes pas vraiment certains de savoir ? Et ces salauds, le savent-ils pourquoi ils déchargent leurs munitions sur les gens heureux ? Ces décérébrés qui ont reçu un lavage de cerveau en bonne et due forme sur un petit cerveau déjà bien fragile.

Nous, on a eu le chômage et le sida en ligne de mire et elle elle aura quoi ? La sourde pensée permanente de ne jamais se sentir totalement en sécurité nulle part ? L’insouciance en berne comme si c’était un mouvement philosophique de temps révolus, que son papa et sa maman ont connu mais qu’elle a seulement touché du doigt dans la petite enfance.

Adieu insouciance

25 réponses »

  1. Pareil ici, ne suis pas sortie du weekend sauf pour un jogging dimanche après-midi qui m’a fait un bien fou, après un weekend passé sur l’ordi terrée chez moi. Le retour au vrai monde aujourd’hui fut difficile. Je traversais même sans regarder. J’ai dû vite me remettre dans ‘le droit chemin’. Un bon repas ce soir à Moshi Moshi avec une copine française qui avait aussi envie de parler nous fit le plus grand bien. J’ai abandonné le networking que je devais faire ce soir avec des non-Français. Ils n’ont pas subi le même choc, même pas la peine. Ce soir, j’avais envie d’être comprise par quelqu’un d’aussi choquée que moi. Cela va mieux.

  2. Debout depuis 4 h, sommeil perturbé, trop d’images en tête, trop de questionnement. Bon anniversaire quand même à vous deux. Cheer up !
    Continuez à blogger, c’est la vie, le partage, l’humanité

      • Encore moi ! oui je veux dire quelque chose ! Ma passion pour Londres et les livres m’ont amenée à découvrir par hasard deux blogs que j’affectionne particulièrement : Lost in London et Sous les Galets. Deux jeunes femmes qui, outre une belle plume, ont à mes yeux en commun un « franc-écrire », une sensibilité, et un humour irrésistible. Les derniers billets,empreints de tristesse, m’ont beaucoup émue. Moi qui viens d’une génération et d’une jeunesse d’une extrême insouciance, j’espère pour vous tous un monde serein

  3. Nous ne devons pas nous arrêter de vivre et continuer de sortir, de se rendre à des spectacles. Ne cédons pas à l’obscurantisme.
    C’est une maman qui parle, une maman qui a très peur pour sa fille de 18 ans, étudiante en droit à Paris.

    Alors ce matin, je reprends une phrase de De Gaulle : « Avec le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle ».

  4. Merci Fabienne ce texte est juste magnifique! Il décrit tellement bien ce que je … Non je pense plutôt nous ressentons. J’ai vécu la rue de Rennes en étant à 800 m de l’explosion! C’est quelque chose à jamais graver dans ma ménoire! Depuis Janvier, je stresse mes enfants quand ils sont à Paris ou avec leurs potes à Londres. Je les assomme de conseils à la con sur leurs sécurité. Depuis Dimanche je leur dit que La route tue plus que les attentats et que si on s’arrête de vivre on fait gagner ces fous! Je trouve que les parisiens sont un magnifique exemple à suivre

  5. Moi vendredi soir j’ai choisi de tout couper vers minuit. Télé, réseaux sociaux, c’était trop insupportable. Chaque fois que je me reconnectais, la terreur et un sentiment de vide m’envahissaient alors j’ai poursuivi la déconnexion le weekend entier. Moi non plus je ne réagis pas comme après Charlie, je ne me l’explique pas mais paradoxalement j’arrive presque à revivre « normalement ». Peut être une sorte de rebuffade ou d’orgueil qui me pousse à refuser de les laisser me dicter ma conduite. Alors oui, j’ai peur, hier matin difficile de se motiver à retourner travailler, à prendre les transports. J’ai appris effondrée qu’une collègue était au Bataclan et est blessée mais je suis déterminée à vivre le plus normalement possible. Je crois malheureusement que nous ne sommes pas en sécurité mais qu’il faut vivre avec, être prudents, tout en continuant. Et surtout il faut rester unis.

  6. Je ne pleure plus ou plutôt moins mais la gorge est toujours serrée. Comme toi je n’ai pas eu envie de rejoindre les copines place de la République alors que pour Charlie cela était une évidence.
    Comme toi je me demande (pour la première fois) ce que les jours à venir réservent à nos mômes.
    Mes deux ados ont décidé d’aller au bahut hier matin, ils ont fièrement décoré leurs sacs d’école avec tous ces symboles qui circulent depuis vendredi et auxquels on s’accroche.
    Je les voyais complices et copains avec leurs petits feutres et marqueurs, eux qui m’ont toujours habituée à les voir se cogner dessus.
    Ils partent à l’école et j’ai mal au bide.
    Ce soir l’opération « Tous au bistrot » aura lieu et c’est une évidence pour nous d’y aller. Nous irons boire une bière à la terrasse de notre pub de quartier. Ce pub où se réunissent tous les infidèles et mécréants que nous sommes. Ce pub où l’on se sent bien.
    Nous sommes anéantis, avec ce sentiment étrange de vide et d’impuissance…

  7. Dear Lost in London,
    J ai pleuré en te lisant.
    Je ne me remets pas non plus de ce qui s’est passé, horrifiée et démunie.
    Je ne peux pas voir de photos de victimes sans pleurer.
    Profondément meurtrie comme après la mort d’un proche.
    Cette année 2015 est empreinte d une noirceur terrible.
    Sale époque.

  8. Comme vous, je pleure, je suis effondrée depuis vendredi soir. Et moi aussi, je trouve parfois mon chagrin indécent puisque je n’ai perdu personne. Mais c’est plus fort que moi, car ils sont un peu entrés dans ma vie, les restos entre amis, les concerts avec mes enfants, les pots en terrasse…. je ne dirais rien sur ces monstres, ce serait trop d’honneur.
    Voilà, je lis partout qu’il ne faut pas avoir peur, qu’il faut continuer, oui, je sais, c’est vrai. Mais moi j’ai peur, pour mes enfants, qui eux, vont continuer à aimer les festivals, concerts, les pots entre amis…. comme toutes ces personnes qui vendredi, sortaient pour une bonne soirée…..

  9. Hello,
    Je te suis (je ne sais pas si je peux tutoyer mais on va continuer comme ça) depuis quelques temps et j’aime beaucoup ton blog ! Cet été, je suis allée à Londres et je suis tombée amoureuse de cette ville, c’est splendide *-* J’adore l’ambiance, je me sens presque mieux que chez moi et j’y retourne en mars cette année avec ma classe d’euro-anglais. Je suis en 3ème (j’ai donc 14 ans et deeeemi) et justement avec tous ces événements, c’est assez difficile mais je pense que l’on partira quand même.
    Habitant dans le sud de la France, je ne suis pas touchée physiquement mais beaucoup moralement … Ça m’a fait énormément de bien de te lire car étant tout de même jeune, je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait et j’avoue que j’ai quand même peur de la tournure que prennent les choses…
    Bisous❤

    • Hello hello, merci pour ton sympathique message. Bien sur, on se tutoie😉 J’espère que ton prochain voyage à Londres aura bien lieu.
      Et espérons que ces actes barbares cessent bientôt.
      Bon courage ❤️

  10. C’est vrai que c’est différent cette fois-ci. Je crois que c’est parce que Charlie Hebdo était le premier et ça nous est tombé dessus comme un coup de massue. On était tous en pleurs, complètement sous le choc. Et puis pour moi Cabu c’était le club Dorothée, j’avais l’impression qu’ils m’avaient pris une partie de mon enfance à coup de mitraillette. « Ah non merde, pas Cabu ! »

    Là, je suis prise de sentiments complètement paradoxaux. J’ai le blues qui m’empêche de sortir de chez moi et j’ai en même temps cette soif de vivre démesurée. Parce que ça peut s’arrêter comme ça, au coin d’un café ou dans une salle de concert. Alors dans les prochains mois, c’est ce que je vais faire. Noel à Londres, réveillon de l’an à Dublin, et mes 40 ans au Nicaragua !

    F*ck you, ISIS!

  11. alors comme toi je ne suis pas allée aux rassemblements collectifs cette fois ci… pourquoi … je ne sais pas vraiment… être comme qui dirait « blasée » ? (mais comment peut on être blasée d’une deuxième vague d’horreur) ? ou avoir décidé que cette fois ci ça ne m’atteindrait pas , qu’il fallait comprendre qu’il y en aurait d’autres et que donc ces salauds ne m’atteindraient pas ? On a fait une minute encore de silence au lycée (j’y suis CPE) mais collectivement dans la cour et non chacun dans les classes…( pas eu de protestations débiles cette fois ci de la part de certains élèves… ) j’y assistait bien sûr mais je suis suis en mode « pilotage automatique » je pense… ce que je pense surtout c’est que les politiques n’ont absolument pas fait leur travail , n’ont pas pris la ou les mesures nécessaires pour éliminer certains fanatiques pourtant déjà connus ici… voila c’est pour ça que je n’ai pas mis de drapeau à ma fenêtre notamment… et je vais continuer à voyager, à aller au resto, à vivre quoi !!!

  12. et j’allais oublier le bon anniversaire de blog et l’anniversaire de ta si jolie Moulinette ! M…. ces cons nous feraient presque oublier l’essentiel… je vous embrasse toutes les deux et merci de tes articles si agréables ❤

    • Merci Laurence de partager ton ressenti. On espère simplement que cette fois les politiques auront pris la mesure des choses et agiront en conséquence mais en faisant la balance sécurité/liberté.

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